L'importance de lire la fiction chez les hommes

L’importance de lire la fiction pour les hommes

Nous sommes rarement encouragées à lire de la fiction et à discuter de sa capacité à ouvrir des mondes intérieurs, écrit Vincent Straub, doctorant à l’Université d’Oxford. Pour certains, lire la fiction est une perte de temps… A quoi bon se plonger dans des récits irréels alors qu’il y a plein d’autres sujets à découvrir ? Alors qu’on peut lire sur la psychologie, l’entrepreneuriat, le marketing, la séduction et, je ne sais, quel autre sujet passionnant ? Mais malgré la kyrielle des catégories non-fiction, lire la fiction n’est pas moins important, et nous allons découvrir pourquoi. La lecture et la procrastination La lecture comme levier de développement émotionnel Dans son article « Les hommes ont aussi besoin de libération : avons-nous besoin de plus de romanciers masculins ? » (31 mai), Sarah Moss va droit au cœur du sujet.Pour elle, point n’est besoin d’avoir plus d’auteurs masculins car là n’est pas le problème.  Il faut juste que les hommes lisent et soient soutenus dans leur vie émotionnelle. Et la fiction peut les aider à nourrir cette vie intérieure. Vincent Straub, chercheur en santé masculine, note que les modèles restrictifs de la masculinité — stoïcisme, autonomie excessive, détachement émotionnel — nuisent à la santé mentale et physique. Face à cette pression vécue presque comme une injonction, lire la fiction serait un antidote puissant.  Elle offre un accès à la nuance émotionnelle, à l’empathie et à la réflexion sur soi. Pourtant, les garçons sont rarement encouragés à voir la lecture sous cet angle. La lecture comme ouverture émotionnelle Adolescent, Vincent Straub ne discutait que rarement de livres avec ses amis masculins, même s’il en lisait secrètement.  Un long été, il s’est plongé dans Madame Bovary, Anna Karénine et Effi Briest — des romans écrits par des auteurs masculins.  Ces œuvres lui ouvrent des mondes intérieurs qu’il n’avait jamais appris à nommer.  Cette expansion émotionnelle est un cadeau que la littérature offre, un cadeau trop souvent refusé aux garçons. L’importance de modèles masculins lisant et partageant la fiction Plusieurs solutions peuvent permettre d’éloigner les jeunes hommes de l’isolement ou de l’extrémisme en ligne. Avoir davantage d’hommes qui parlent publiquement des livres qui les ont touchés, et qui tendent la main — les uns aux autres et à leurs fils.  Messieurs, quand avez-vous lu un livre à un autre homme pour la dernière fois ? Des figures comme Barack Obama et Bill Gates ont démontré le pouvoir de la lecture, même s’ils ne parlent jamais de la fiction.  Par ailleurs, il faut protéger les bibliothèques publiques et scolaires.  Selon le National Literacy Trust, les enfants nés dans les communautés les plus touchées par des défis en matière d’alphabétisation ont parmi les espérances de vie les plus faibles en Angleterre.  Ceux qui aiment lire sont aussi plus heureux dans leur vie. Si la lecture chez les hommes est en crise, la solution ne viendra pas uniquement de l’édition. Elle doit être culturelle — et collective. Vincent Straub, doctorant à l’Université d’Oxford Encourager à lire la fiction Encourager les garçons et les hommes à lire de la fiction est une piste essentielle pour leur épanouissement émotionnel et leur santé globale.   La lecture étant outil d’ouverture intérieure, créer des espaces de partage, peut contribuer à une masculinité plus riche, plus empathique et plus équilibrée. Protéger les bibliothèques et promouvoir des modèles masculins lecteurs sont des actions clés pour bâtir cette nouvelle culture de la lecture masculine. Pour aller plus loin https://www.theguardian.com/society/2025/jun/06/a-novel-idea-for-mens-emotional-growth  https://www.theguardian.com/books/2025/may/31/men-need-liberation-too-do-we-need-more-male-novelists  https://lelivedulivre.com/news/lecture-et-procrastination/

Scandale des fausses recommandations de livres générées par l’IA

Scandale des fausses recommandations de livres générées par l’IA

En prélude de la période estivale, il est de coutume que des entreprises de presse généralistes ou culturelles partagent leurs recommandations de lectures. Dans cet esprit, certains grands journaux américains ont publié leurs recommandations mais à la surprise du public, la plupart des titres sont fictifs. Inventés par l’intelligence artificielle qui a servi apparemment à la rédaction de l’article. Une erreur pareille est-elle acceptable venant d’une entreprise avec plusieurs employés ?  N’y a-t-il pas eu vérification rigoureuse par la rédaction comme il se doit avant la publication de l’article ? En ces temps, où nous avançons indubitablement vers une artificialisation de tout, comment distinguer le vrai du faux ? Au cœur de ce fiasco médiatique, je m’interroge sur la place de l’IA dans la création de contenus culturels. Lire aussi : IA et droit d’auteur Une liste de lecture estivale truffée de livres fictifs Tout commence lorsque le Chicago Sun-Times et une édition du Philadelphia Inquirer publient, le 18 mai 2025, une liste de livres à lire pour l’été.  Parmi les auteurs cités : Isabel Allende, Percival Everett, Delia Owens, Taylor Jenkins Reid, Brit Bennett…  Mais très vite, lecteurs et auteurs s’aperçoivent que la plupart des titres n’existent tout simplement pas ! Par exemple, Isabel Allende n’a jamais écrit Tidewater Dreams, présenté comme son « premier roman fiction sur le climat », et Percival Everett n’a jamais publié The Rainmakers. Seulement 5 des 15 titres de la liste étaient authentiques, les autres étant des inventions pures de l’IA. Comment une telle erreur a pu se produire ? Photo par ©404media.co La liste, dépourvue de signature, provenait d’un contenu syndiqué fourni par King Features, une filiale du groupe Hearst Newspapers.  Selon Victor Lim, directeur marketing de Chicago Public Media (maison-mère du Sun-Times), la rédaction n’a pas validé ce contenu, qui a été intégré à un supplément spécial intitulé « Heat Index: Your Guide to the Best of Summer » (source : NPR). Le journaliste indépendant Marco Buscaglia a reconnu être à l’origine de la liste, précisant qu’elle avait été « en partie générée par intelligence artificielle », probablement via Claude.  Il a publiquement assumé la responsabilité de cette erreur, expliquant : « C’est une énorme erreur de ma part et cela n’a rien à voir avec le Sun-Times. Ils font confiance au contenu qu’ils achètent, et j’ai trahi cette confiance. Je suis responsable à 100%. » Réactions : colère des lecteurs et inquiétude des professionnels La révélation de la supercherie a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans les milieux littéraires. Sur Reddit, un abonné s’exclame : « En tant qu’abonné, je suis furieux ! À quoi bon payer pour un journal papier si c’est pour y trouver des saletés générées par l’IA ? » Sur Bluesky, Kelly Jensen, autrice et ancienne bibliothécaire, déplore : « Voilà l’avenir des recommandations de livres quand on démantèle les bibliothèques et qu’on supprime les professionnels qualifiés. » Les journaux concernés ont publié des communiqués pour condamner l’usage de l’IA et promettre des enquêtes internes. Lire aussi : créativité et IA Une crise révélatrice des dérives de l’IA générative Cette affaire illustre plusieurs problèmes majeurs : L’IA générative est incapable de distinguer le vrai du faux et peut inventer des faits ou des titres avec un ton d’expert. La précarité des rédactions : le Sun-Times venait d’annoncer que 20% de son personnel avait accepté des départs volontaires pour raisons budgétaires. La dévalorisation du travail humain : alors que les bibliothécaires et critiques littéraires qualifiés sont de moins en moins nombreux, l’IA prend leur place… sans garantir la fiabilité de l’information.   Gabino Iglesias, auteur et chroniqueur pour NPR Books, souligne : « Combien de critiques littéraires à plein temps reste-t-il aux États-Unis ? Très peu. » Il ajoute en souriant : « Payez les auteurs et nous écriront ces faux livres qui n’existent pas ! » Pour aller plus loin Article original de NPR sur l’affaire  Analyse de 404 Media   L’importance de l’expertise humaine Ce scandale rappelle à quel point le regard humain est essentiel malgré l’IA. L’expertise des bibliothécaires et des journalistes spécialisés sont essentiels pour garantir la qualité et la véracité des recommandations culturelles. Pour des listes de lecture fiables, faites confiance aux professionnels… et méfiez-vous des hallucinations de l’IA !… Adhésion requise Vous devez être membre du site pour accéder à ce contenu.Already a member? Connectez-vous ici...

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